Des choses à dire sur la complexité

Un professeur de management nous enseigna une image simple, mais très pertinente permettant de différencier le complexe du compliqué. Le compliqué, ce sont les plans d’un Boeing 747, malgré une quantité considérable d’informations, la plupart gardent une certaine consistance au court du temps, avec les avancées scientifiques et techniques, la recherche et développement (R&D) ont permis d’appréhender la conception de notre environnement avec plus de précision, ce qui amène indubitablement à des changements, mais les plans d’un avion sont constitués principalement de standards techniques qui permettent d’être assimilables, en contrepartie de temps, de recherches et d’intérêt bien entendu. En glissant un peu dans le spectre de la problématique, nous rencontrons la complexité, dont la métaphore donnée était un bol de spaghettis à la sauce (pour la viscosité). Si on met une cuillère (ou une fourchette) dans un bol pour en sortir des pâtes et ce, à plusieurs reprises, il est assez difficile de déceler un genre de structure comportementale (pattern) de l’interaction entre la cuillère et les pâtes, certaines vont tomber, d’autres rester accrochées, et on ne pourra pas, au moment de remettre la cuillère dans le bol pour en ressortir d’autres, savoir avec précision quelles seront celles qui tomberont, et celles qui resteront en place.

L’image est bonne, mais d’un certain sens, je reste perplexe concernant la précision de cet exemple (et, soyons clairs, j’ai également des doutes sur la rigueur de ceux que je vais vous donner..) parce qu’il omet quelques paramètres et n’approfondissait pas vraiment la complexité avec précision (après tout comment aborder la complexité sans complexité..mais son objectif était sûrement de nous amener à trouver des réponses par nous-mêmes). Ceux dont je vais parler ici (liste non exhaustive de paramètres) et qui sont les différentes faces d’un même dé, sont le degré d’intérêt, le temps et les niveaux d’imagination ou l’utilisation du concept de référentiel. Je m’explique.

L’intérêt.

Si je pense à un bol de spaghettis, rien en moi n’aspire à assimiler des connaissances techniques sur cet objet parce qu’il m’est inutile d’en connaître ses propriétés. Tout ce dont j’ai besoin comme paramètres (parce que c’est ce que ma culture m’a inculqué par défaut), c’est le temps de cuisson et la température de l’eau nécessaire, variations comprises, on dira que ce sont les paramètres fonctionnels.

D’accord.. Si maintenant j’essaie d’expliquer en quoi ce bol est compliqué (pas complexe) il me faudra l’appréhender sous différents points de vue, jusqu’à y déceler un point intéressant, qui stimulera notre curiosité, notre réflexion et qui ouvrira potentiellement le champ de complexité y étant rattaché. Nous allons maintenant, par un exercice de pensée, « tourner » autour de ce bol afin de le voir sous différents angles.

Il y a certains paramètres basiques que l’on peut déceler, par exemple la forme du bol, qui représente l’espace limité dans lequel les pâtes peuvent évoluer. Partons du principe où toutes les pâtes sont de même longueur, qu’elles n’ont subit aucun problème dans la cuisson (elles sont toutes al dente), et qu’elles sont tout simplement « identiques ». On peut postuler sur le peu de chance qu’une pâte soit droite (raide) dans le bol, donc elles ont un point commun, d’être toutes soumises à des torsions et donc, entre autres, de posséder au moins une boucle. En ajoutant le fait qu’on ait mit de la sauce, ce qui les rend glissantes, on obtient trois paramètres physiques (l’espace, les torsions, la viscosité).

D’accord.. pas forcément très intéressant, mais essayons d’approfondir. Si je mesurais les paramètres de chaque boucle de pâte (dimensions du rayon par exemple, ou encore  position de la boucle (U) dans la pâte (—) : –U– ; -U—– ; —-U– ; pour voir s’il y a une tendance ? Et s’il y en avait une ? Par quoi s’expliquerait-elle ? Peut-être que le fait d’avoir été cuites dans la même casserole, pendant la même durée et à la même température leur donne une consistance similaire, une élasticité aussi, qui leur aura laissé une « empreinte d’interaction », « un mode comportemental » lorsque l’environnement interagis avec ? On pourrait imaginer les spaghettis comme un « objet » informatique avec ses algorithmes propres, que l’on peut programmer en fonction de ses caractéristiques.

Par ex : Genre de programmation de l’objet « pâtes » (si nous étions dans Matrix) :

– Dans l’environnement de l’objet « eau » ;

  • Si « eau chaude » : cuire, ramollir plus rapidement en fonction de la température et au cours du temps ;
  • Si « eau froide » : ne pas cuire, ramollir lentement en fonction du temps ;

– Dans l’environnement de l’objet « air » ;

  • Si sec, alors fin, raide, cassable facilement ;
  • Si sec et mélangé (dans un bol assez grand pour ne pas les casser), alors répondre aux caractéristiques de la physique (gravité, résistance..) ;
  • Si cuit, alors souple, gonflé par l’élément « eau » ;
  • Si cuit et mélangé, alors répondre aux caractéristiques de la physique ;

-Dans l’environnement de l’objet « air » et de l’objet « bol » ;

  • Si pâtes cuites, alors molles, répondre aux caractéristiques de la physique (masse et frottement de la pâte versus frottement et force exercés par la cuillère ou quelque chose du genre..)
  • Si pâtes non cuites… pas intéressant!

(désolé à vous les programmeurs, mais je ne suis pas du tout connaisseur en la matière, je veux juste démontrer un concept, le changement de point de vue, de focal sur un même objet.. qu’ici, en utilisant le référentiel informatique pour analyser un bol de pâtes, on arrivera à obtenir des informations qui ne se trouvaient pas dans le champ de perception du référentiel moléculaire par exemple, ou dans le champ de perception du référentiel social, qui ont chacun leurs propres caractéristiques, menant à des informations différentes, je parlerai d’ailleurs dans un autre texte du champ de perception et du référentiel par lequel il est modulé,)

Passons l’essai technique, l’important ici c’est que cette petite réflexion, ce changement de référentiel, nous a apporté un nouveau concept, celui de « comportement » ancré dans l’ « objet » de par ses caractéristiques. C’est un concept assez important car chaque objet a des caractéristiques propres, elles impliquent des possibilités comme des limitations (on ne peut pas gonfler un ballon avec son téléphone par exemple, peut-être que ça viendra un jour ne désespérons pas, par contre nous pouvons voir quasi instantanément une personne à l’autre bout de la Terre juste en laissant nonchalamment tomber son doigt à 2 ou 3 reprises sur un écran tactile), les caractéristiques des objets définissant leur fonctionnalité, définissent également leur(s) comportement(s).

Le but étant d’approfondir toujours un peu plus l’analyse de l’objet, cette réflexion sur le « comportement » des pâtes, mènera à d’autres questions, qui apportera de nouvelles réflexions, qui amèneront à de nouvelles questions, etc.. jusqu’à établir des paramètres généraux concernant, ne l’oublions pas, la structure interactionnelle entre la cuillère, les spaghettis et l’extraction de ces derniers par la première (et oui..).

Mon point dans cette réflexion, c’est que l’intérêt envers un problème nous a amené à différents référentiels d’observation de l’objet, (on peut faire l’exercice de pensée en partant de notre échelle, puis en essayant d’aller « vivre » ou « comprendre » l’expérience (et ses implications) de l’objet aux différentes échelles spatial (en terme de taille), donc biologique, chimique, physique, etc) et temporelles (dans le spectre de « à court terme » jusqu’au « très long terme », qu’on pourrait qualifier de « long terme cosmique » représentant des milliards de milliards d’années) bien qu’il soit très peu probable d’avoir en tête la véritable expérience de l’objet tellement notre environnement est hors de notre portée conceptuelle), dans chacun de ces référentiels, se trouvent différents niveaux de profondeur, si on explore à nouveau ce plat de pâtes depuis le référentiel de la physique, on parlera de masse, de moments, de tensions, de friction, d’échauffement… Si l’on veut approfondir la question il nous faudra donc nous intéresser encore à ce que sont des concepts comme l’entropie, ou encore les forces qui s’exercent entre les objets. Puis au bout d’un moment de vagabondage mental (et de recherches) dans le référentiel de la physique, des liens vont se faire avec les autres référentiels, on rencontrera le concept d’ions, qui fera un pont avec la chimie, si l’on s’y intéresse et approfondit, la biologie émergera, et ainsi de suite.. On trouvera à plusieurs reprises (et souvent par surprise) la réponse à une question que l’on ne s’était encore jamais posé (ou que l’on s’était posé étant enfant et qu’on aura « désactivé » dans notre cerveau, par inhibition (dû à l’apprentissage de l’interaction sociale, au conditionnement culturel)) mais qui va faire émerger en nous des émotions. Ces émotions deviendront un moteur pour la curiosité, et feront glisser un peu plus le spectre du champ de perception, comme si tout à coup, parce que des émotions profondes entrent en jeu, les barrières limitants le mode « diffus » du cerveau tombaient afin de laisser un peu plus de flexibilité à notre créativité, en gros, un genre de rétroactivité dynamique englobant les émotions, la perception et les capacités créatives.

(Je me focalise ici sur le référentiel de la physique ou de l’informatique mais j’aurai aussi très bien pu analyser ce bol du référentiel économique par exemple, les pâtes sont composés d’ingrédients, qui sont tous rattachés à des concepts plus profonds comme le fait que la société qui me permet d’accéder à ce genre de produit est une société qui a mit en place une organisation de commerce, basé sur la production, l’échange de biens, l’agriculture (et tout ce qui entoure l’agriculture, la mécanique, le climat (si l’environnement ne le permet pas, la récolte de blés pâtira des mauvaises conditions et la production en sera impactée, ce qui engendrera une hausse du prix des pâtes par exemple), sans parler de la politique (une règlementation sur les échanges transfrontaliers par exemple, pourra déstabiliser les rapports entre les entreprises, donc cette marque de pâtes aura été achetée car une autre n’est plus disponible dans notre pays), de la géopolitique (des guerres ou des projets industriels qui vont avoir une influence directe sur le prix du pétrole, va aussi avoir une influence sur le prix des pâtes puisque les agriculteurs devront rentabiliser leur entreprise malgré cette hausse)..)

Mais la question que l’on peut se poser : Ces liens à faire entre les objets, leur relations, ne sont-ils qu’une projection philosophique, virtuelle, de l’esprit ? Ou existe-t-il vraiment une essence à cette complexité ? Pour moi la réponse est l’Essence. Il y a des interactions constantes des « objets »  (les gens, les institutions, le climat, etc..) entre eux. Que ce soit une question de pression, de chaleur, d’humidité, de période de la journée ou de la nuit, de charge électrique, de masse, tout est lié en un sens, mais cela ne veut pas dire que tout a un impact direct sur ce avec quoi il interagit.

Le temps.

Le bol de spaghettis en soi est donc appréhendable, compliqué, certes, mais maîtrisable. Là où entre en jeu la complexité, c’est :

  1. À chaque petite modification dans la chaine d’interaction (la cuillère qu’on remet dans le bol pour reprendre des pâtes), nous devrions repartir de zéro pour mesurer à nouveau tous les paramètres (car les autres spaghettis ont subis l’influence indirecte de la cuillère qui a fait bouger les pâtes, qui étaient entortillées entre-elles, ce qui, en bougeant, en a entrainé d’autres, etc etc..), et ainsi ré-obtenir un schéma comportemental qui aura sûrement pour objectif d’amener à un schéma spatial ET temporel (au cours du temps donc, plus général). Encore là d’autres paramètres s’ajoutent comme la fréquence à laquelle les changements surviennent, le niveau d’interaction entre les objets (est-ce que les pâtes près du bord sont aussi influencées que celles proches de la cuillère, etc…).
  2. La complexité émerge lorsqu’il y a interrelation (mais pas que). En soi, un objet a ses propres caractéristiques et tant qu’il n’est pas déstabilisé par son environnement, il n’a aucune raison de changer de comportement. Mais dès lors qu’un élément est modifié (au cours du temps) ou qu’un nouvel élément entre en jeu (au cours du temps), l’objet va être soumis à un processus de « mutation » (au cours du temps ^.^) basé sur ses caractéristiques. Les algorithmes le constituant vont lui permettre une certaine adaptativité. On pourrait presque se rapprocher de l’idée qu’en cette « succession d’instants » (le « cours du temps »), lorsque le comportement de l’objet est modifié par l’environnement, alors cet objet a une dynamique de « Vie ».

La notion de temps est importante car elle sous tend une dynamique, le mouvement. Pour qu’il y ait une modification de l’environnement ou d’un objet, il faut que cet objet soit dans un cadre, dans un espace qui permettre la succession des instants, les déplacements, l’évolution… L’interaction.. !

Elle est aussi importante (la notion de temps) concernant notre propre modification. En tant qu’objet, lorsqu’on prend le temps d’analyser l’information disponible dans un autre objet, on le fait à travers une succession d’instants (le temps), permettant aux neurones d’échanger de l’information, nous permettant d’assimiler les concepts ou à l’inverse de les contre-argumenter. Comme l’objet, nous sommes composés d’algorithmes nous permettant d’accéder avec plus ou moins de facilité (ou au contraire qui lutteront contre toute tentative de modification, tout dépendant de l’exercice fournis, comme au sport ou en musique ou peu importe le domaine) à ces modifications, ce sont les possibilités et limitations amenées par les caractéristiques qui nous composent, au niveau physique, biologique, psychologique, social, etc..

Je pense qu’il est dommage d’avoir cette croyance sur la cohérence de personnalité à outrance chez l’être occidental (parce que je n’en sais rien pour les autres cultures), la peur de changement qui a été inculquée par les structures institutionnelles (religion, politique, développement du marketing émotionnel qui fait dévier la volonté de changement vers des buts moins nobles, etc..) nous empêche d’oser explorer de nouveaux territoires mentaux parce qu’on nous a appris à nous contenter de faire ce qu’on nous enseignait. À chaque instant nous pouvons être une autre personne, en fait à chaque instant nous sommes une autre personne, si ce n’était que de notre mémoire, et sait-on comme elle peut être volubile par moment.. Nous avons donc besoin de temps pour penser, imaginer, assimiler de l’information, pour développer et utiliser notre intérêt, parce qu’au final, une des ressources la plus importante, c’est bien le temps…

Les niveaux d’imagination ou le concept de référentiel.

Comme nous l’avons vu plus tôt, il y a différents niveaux de profondeur à l’exercice de pensée. Le niveau physique, chimique, organique, biologique, bio-chimique, psychologique, social, socio-économique, politique etc etc etc… etc (ça n’est pas pour rien que l’on appelle ça la complexité).

On peut maintenant imaginer qu’il y a différents niveaux d’échelle pour le temps. Alors on pourrait décomposer l’évolution des différents objets (ici les pâtes) à très court terme, à moins court terme, à long terme etc.. en appliquant le même principe que celui d’interaction entre les objets : toute interaction ne signifie pas forcément un impact (direct ou indirect). À long terme, le comportement des spaghettis entre eux et la cuillère n’a aucun impact (à moins qu’ils aient été si difficiles à manger que nous sommes en retard pour prendre le train ou l’avion qui nous mènera à l’entrevue de notre vie) alors qu’en « zoomant » le référentiel, on observe un comportement de fluide. Mais vous avez compris mon point.

Pour résumer un peu ce petit voyage mental, la complexité est omniprésente parce qu’elle est en quelque sorte la raison de notre existence. Mais c’est à nous de la capter, de l’observer, cela sous entend une certaine sensibilité à l’environnement. Si l’on adopte ce fonctionnement sur un arbre par exemple, on prendra conscience qu’il fait partie d’un processus d’évolution végétale vieux de plusieurs milliards d’années et guidé par La VIE*, d’une multitude d’essais-erreurs qui ont mené à la perfection que l’on oublie d’observer de nos jours. (Les arbres on une fonctionnalité à notre échelle, en nous offrant la possibilité de respirer de l’oxygène plutôt que des gaz toxiques, mais cet effet à notre échelle n’existe que parce qu’il existe des réactions chimiques et physiques dans la composition même des feuilles aux référentiels biologique et physique, je ne vais pas m’attarder mais tout cela c’est sans parler des fonctionnalités au niveau de la biosphère, pour les plantes, les insectes, les animaux, la terre, au niveau de la régulation climatique, des croyances sociales, de l’évolution de la civilisation, de la relation à la terre, au feu…).

Tous les sujets qui existent sont des sujets complexes si on les regarde de façon à chercher cette complexité.

 

 

 

*(Précision sur La Vie : je considère que la vie est apparue bien avant les arbres, que notre planète est en quelque sorte vivante, qu’elle a sa propre dynamique, comme une cellule, notre système solaire également, notre galaxie, etc.. Tout ça fait partie d’une unité plus grande qui est également guidée par La VIE, et qui est imbriquée de façon fractale dans une autre unité, comme une particule est un élément nous composant mais étant composé elle-même de sous composants…certains appèleront cela Dieu mais je ne suis pas très à l’aise avec ce genre d’étiquette, et je pense que c’est autre chose, une dynamique de l’Univers parmi tant d’autres…)

 

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